Roland Baumann et Points critiques (Belgique): „Le livre des chuchotements, un fascinant récit historique”

 

Le livre des chuchotements évoque la destine tragique du people arménien, de la fin du dix-neuvième siècle à l’éclatement de l’Empire soviétique.

 

Invité au dernier Salon du livre de Bruxelles, l’auteur du Livre des chuchotements (Cartea şoaptelor, 2009), Varujan Vosganian est président de l’Union des Arméniens de Roumanie, membre du Parti national libéral, sénateur et minister de l’économie dans l’actuel gouvernement de coalition du social-démocrate Victor Ponta. Prénommé en souvenir du célèbre poète Daniel Varujan, formé à l’université de Gand et assassiné en 1915, l’écrivain roumain s’inspire de sa mémoire familiale pour reconstruire l’histoire moderne de son people. Récit complexe à l’image d’une enfance arménniene vécue en Roumanie dans le monde de chuchotmements, proper à l’universe domestique au sein duquel se transmettent les souvenirs du genocide, des massacres et des marches de la mort, à travers l’Anatolie vers le desert de Deir-es-Zor. “Dans Le livre des chuchotements in n’y a pas de personages imaginaires” et ce livre de souvenir arménien est aussi “la biographie du XXe siècle racontée par ceux qui l’ont vécue. On y trouve Presque tous les maux du siècle: les guerres mondiales, la mort et les fosses communes, le genocide, l’exode et la vaine recherche de soi.”.

L’évocation des mémoires de la repression en Roumanie stalinienne alterne avec la chronique des massacres don’t sont victims les Arméniens dans l’Empire ottoman à partir de 1895. L’auteur fonde son récit sur les souvenirs de la generation de ses grand-parents, qui, réfugiés en Roumanie après l’exod consécurif au génocide, se reconstruisent une vie nouvelle avant que l’instauration du communisme roumain suite à la Deuxiemème guerre mondiale ne contraigne une partie d’entre-eux à repartir sur les routes de l’exil. Rituels et pratiques du quotidian associés à l’identité  culturelle arménienne, son décrits avec poésie par l’écrivain tout comme les différents métiers pratiqués jadis par ses ancêtres. Tel ce grand-père Garabet, habile photographe. “Nous avons beaucoup de photos” Remarque varujan et por lui “lesplus anciennes sont aussi les plus belles”. Des photos prises le plus souvent par des photographes itinerants, qui allaient de village en village, rassemblant les familles entières autour des viex. “Les Arméniens, ces années-là, tenaient à toite force à se faire photographier. C’étaient leur facon à eux de rester ensemble car peu de temps après, les familles furent décimées et ils essaimèrent aux quatre vents”. Des photos “qu’ontrouve dans Presque toutes les maisons des viex Arméniens” et sur lesquelles repose la mémoire familiale des victims du genocide “leurs visages sont restés figés sur les cartons sepia décolorés sur les bords. Désireux de rappeler à tout prix qu’ils avaient existé. Pressentenant ce qui allait leur arriver”.

“Ce qui nous différencie, ce n’est pas ce que nous sommes, ce sont les morts que nous pleurons” lui disait son grand-père Garabet, qui estimait aussi “que les véritables acteurs de l’histoire ne sont pas les généraux mais les poètes”. Mais “Ce livre, bien qu’evoquant, le plus souvent, le passé, n’est pas un livre d’histoire, car dans ceux-ci on parle sourtout des vainqueurs; c’est plutôt un recueil de psaumes, car il parle surtout de vaincus”, remarque Varujan Vosganian dont le fascinant récit historique convoque aussi ces vengeurs qui, dès 1920, traquent et exécutent les principaux responsables du genocide, de même quetous ces “égarés” qui, répondant à l’appel du general Dro (Drastamat Kanayan), héros de la cause nationale arménienne en 1918, se retrouveront sous l’uniforme allemande en 1942-1944.