Blog Guerre-et-conflits: „C’est beau, c’est prenant. Un livre qui mérite d’être connu et lu”

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Mémoire familiale arménienne

Président de l’Union des Arméniens de Roumanie (pays où il est sénateur et a été deux fois ministre depuis 2006), Varujan Vosganian raconte dans ce livre l’histoire de sa famille et, plus largement, celle de toute une communauté d’exilés.

L’auteur le précise : „Tous les personnages sont réels, les événements qu’ils ont vécus sont réels”, mais le style d’écriture et l’angle d’approche choisi font de cet ouvrage un véritable objet de la littérature. Avec un talent consommé, Varujan Vosganian commence son récit par ses souvenirs d’enfance, lorsqu’il écoutait parler son grand’père. Mais il y a aussi les odeurs, le café torréfié à la maison, les vieux livres „en turc, avec des caractères anciens orientaux”, la pauvreté dans une Roumanie devenue communiste. Les pages suivantes décrivent les malheurs de l’odyssée familiale lors du massacre des Arméniens par les Turcs et le premier exil à Odessa, puis en Roumanie où il manque à plusieurs reprises d’être arrêté comme juif pendant la Seconde guerre mondiale : „Tout ce que mes grands-pères Garabert Vosganian et Setrak Melikian ont compris de leur siècle, c’est combien il est difficile de mourir dans la terre où vous êtes né … Les vieux Arméniens de mon enfance n’avaient aucune tombe au chevet de laquelle se tenir … Ils portaient leurs tombeaux avec eux, sur les lieux de leur errance”. Tout le récit est ensuite construit, de manière presque onirique parfois, entre ces deux grandes périodes : à l’hiver 1915-1916, „sur quarante mille habitants des villages arméniens autour de Trébizonde, il n’en vivait plus que mille, cachés dans les forêts”, et du temps de la Roumanie communiste „on ne pouvait tout simplement pas aller signer un reçu et retirer son colis [à la poste]. On devait d’abord dire qui, croyait-on, l’avait envoyé et pourquoi, ensuite, quand on vous communiquait le nom de l’expéditeur, il fallait donner des renseignements sur lui”. Entre temps, „le vent était tombé, pas un chien n’aboyait, on n’entendait pas le moindre bruissement d’ailes, pas un croassement de corbeaux”. Ce n’est plus de l’histoire, mais presque une douleureuse poésie, à travers les „sept cercles” de mort qui conduisent à Deir-ez-Zor.

C’est beau, c’est prenant. Un livre qui mérite d’être connu et lu. Un témoignage original à travers une mémoire familiale meurtrie.

Snea din filmul „Sangele rodiei” de Serghei Paradjanov